Notre chère Ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, explique dans une interview sur Polka et reprise dans ses grandes lignes par Le Lab d'Europe 1 que "le soutien à la transition numérique de la presse doit contribuer au financement du photojournalisme". Comme toujours en politique, les Représentants amènent toujours les sujets avant de dicter les grandes lignes des nouvelles lois, et on dirait donc bien que les idées présentées ici vont amener toujours plus de taxes, et même peut-être de la régulation forcée sur Internet.
Mais plus que le sujet de la photo dont se spécialise Polka, la ministre revient mettre un coup de pied dans la toile pour pointer du doigt les contenus gratuits.
Si la presse abandonne la qualité, il n’y aura plus de différence entre les journaux, les magazines payants et la presse gratuite, notamment sur le Net où rien n’est éditorialisé.
Rien est éditorialisé ? Cherchez un peu mieux, vous y êtes presque - mais c'est sûr que ça ne tombe pas (encore) du ciel dans Google comme vous le voudriez.. Si la presse est paraît-il en crise, c'est bien sûr de la faute d'Internet, ce trublion qui propose beaucoup d'informations gratuites. Madame, la ministre, c'est ce que l'on appelle l'évolution qui nous vient de l'essence même d'Internet, et du pourquoi il a été créé.
À la lire, elle place d'emblée les contenus gratuits comme des contenus de mauvaises qualité, et l'origine de cette bêtise, de cette grossière erreur, vient de là. Un contenu gratuit peut très bien être qualitatif. C'est même ce qui dérange la presse professionnelle qui a du mal à imposer ses lignes, et c'est sûr que ça peut se comprendre. Mais, la mutation vers un nouveau standard de l'information est en marche depuis plusieurs années. Que peut-elle donc faire pour aider la presse professionnel et de qualité supérieure à être mieux lue et donc référencée sur la toile ? Forcer les moteurs de recherches, comme Google, à mettre en avant les professionnels, au détriment des éditeurs de contenus gratuits. Moins de visibilité pour ces derniers leur mettra la pression pour arrêter d'en proposer. Pas bête, non ?
Concernant la photographie, mais donc aussi plus généralement la presse gratuite, elle explique que la "dichotomie entre l’interdiction aux professionnels et ce qui se passe sur Internet est insupportable". Ce qui est insupportable, c'est surtout votre vision décalée qui veut opposer le gratuit et le payant. Si les professionnels doivent suivre des règles, ce n'est pas en dictant ces mêmes règles aux éditeurs gratuits sur Internet que tout ira pour le mieux, mais en lâchant du lest et en donnant plus de libertés aux professionnels. Ces règles insupportables sont la cause de l'inadaptation de la presse professionnelle au nouveau média qu'est internet ; c'est bien là que le problème se pauose.
Elle ajoute que "Sur le Net, des millions d’images circulent, sans que l’on sache qui les a prises et dans quelles circonstances". Ceci n'est pas un problème lié à internet, mais plutôt à l'éducation de la Nétiquette (saviez-vous au moins vous-même qu'elle existe) ? Une photo sous licence Creative Commons "By" demande que l'auteur soit mentionné, avec généralement le lien vers le site du photographe. Surprenante cette idée, n'est-ce pas ?
Ce qui me fait davantage peur, c'est cette approche qui peut amener à penser qu'il faut réguler Internet. Et si à l'école, on enseignait aux jeunes à comprendre et à respecter les licences CC, plutôt ? C'est certain, ça ne résoudrait pas les problèmes des contenus gratuits qui évoluent beaucoup en terme de qualité... Sinon, vous pouvez faire comme en Allemagne, faire payer Google pour contribuer à financer la presse professionnelle, ce qui aura pour conséquences de mettre leur contenus plus en avant, au détriment des passionnés comme je le disais quelques lignes plus haut. N'est-ce pas, en passant, le but inavoué de cette interview ? Ah, et dire que le Minitel a été abandonné...

