Cet article n'est pas un scoop. Je suis l'affaire depuis le début, sur twitter et via les nombreux blogs et sites internet qui en parlent. Ce sujet m'intéresse, mais je n'ai pas pour but de démêler le vrai du faux. Je veux juste donner mon point de vue et tenter d'expliquer une situation complexe difficilement compréhensible et qui peut être aussi mal perçue par mon lectorat, tantôt jeune, tantôt totalement inexpérimenté sur la toile. Je n'ai nulle intention non plus de rajouter du bruit inutile. Je tiens simplement à faire comprendre que derrière le piratage et son apparente gratuité, il n'y a pas que de bons côtés.
Tout à commencé sur France 2, dans ce reportage, qui sous couvert d'apporter une information neutre, fait le jeu du gouvernement. Le sujet : donner la parole à Zac, un porte-parole, un administrateur et un bouc-émissaire aussi, d'un environnement de piratage assez connu, nommée Wawamania. Cet homme, fait déjà l'objet de procès et prétend contester la loi HADOPI en expliquant qu'elle ne sert à rien, notamment sur ses forums, d'où le sensationnel du reportage. Une attitude, de par son statut, qui incite les jeunes à penser de la même manière, sans forcément réfléchir plus loin.
Wawamania, c'est donc de multiples forums, généralement, qui ont pour but de mettre en relation les pirates afin qu'ils s'échangent des logiciels craqués, des films et de la musique ripés, le tout gratuitement. Etant contre hadopi, et prônant le libre échange, on pourrait penser que Zac est le bon samaritain français. Seulement, voilà, là où le bas blesse, c'est que ses sites regorgent de publicités en tout genre, aussi bien de manière visible que cachée. Inutile d'aller plus loin, la relation de business profiteur est indéniablement là. Certes, il faut payer les serveurs, mais les sommes perçues avec cette très grande communauté se chiffrent avec bien plus de zéros que ceux servant à l'administration et à l'amortissement des sites, d'où, par ailleurs, son procès.
Zac n'est bien sûr pas le premier ; d'autres sont passés avant lui, et d'autres continueront après lui. Seulement voilà, @Bluetouff, blogueur et fervent défenseur du libre est aussi un veilleur invétéré sur les nouvelles lois liberticides que sont Hadopi, Loppsi ou ACTA. Il a donc pris sa plume pour s'exprimer sur cette hypocrisie de Wawamania, consistant à faire croire, comme relaté plus haut, que si on est contre hadopi, on est forcément pour Wawamania et le piratage. Tout comme lui, je ne suis pas du tout d'accord sur ce point. Le piratage n'est pas la solution contre hadopi. La solution se situe beaucoup plus simplement autour d'un système de licence globale, ou de nouvelles licences de partages dont certaines sont déjà présentes.
En revanche, si je ne cherche pas à défendre les propos de Bluetouff (dont une copie de son article, est ici), je trouve qu'il a raison de mettre les pieds dans le plat. Il avait d'ailleurs commencé à mettre le feu aux poudres avec cet article dans lequel il dénonçait une mauvaise vicitmisation. Qu'il y ait de l'investigation ou pas, qu'elle soit sérieuse ou pas, l'essentiel est là, et le message à faire comprendre passe. Le retour de bâton ne s'est pas fait attendre ; des proches de Zac, ou des défenseurs endoctrinés et convaincus dans sa communauté ont lâché des attaques DDoS sur le pauvre blogueur pour lui couper définitivement la parole, en mettant son serveur (et les nombreux sites dont des professionnels) dessus hors-circuit. Une méthode que j'ai beaucoup de mal à soutenir et à cautionner.
Que ces attaques DDoS servent à annihiler la concurrence des forums warez entre-eux, c'est de bonne guerre, et c'est même logique. En revanche, couper la liberté d'expression d'un simple blogueur n'entrant même pas en concurrence avec ce genre d'activité, et qui plus est, censé accuser et dénoncer Hadopi, seule chose par ailleurs commune aux deux, c'est la preuve que ceux qui l'ont fait n'ont aucune considération pour la liberté d'expression, et ont agit sans aucune réflexion, ni l'envie d'établir un débat. C'est aussi la preuve qu'aucune réflexion n'a été posée avant de réaliser cette attaque DDoS. Je dénonce donc simplement cet acte qui ne peut être fait que par des jeunes insouciants, qui auraient bien besoin de se construire et de se recentrer sur des idées plutôt que d'agir par orgueil.
A ce propos, rappelons qu'Hadopi, qui est pour la coupure de connexion passe d'abord par des avertissements. Ainsi, couper directement l'accès au blog de Bluetouff avec ce DDoS, sans même, chercher à le contacter pour mettre les choses au point, discrédite totalement cette communauté de wareziens dans ce combat commun contre hadopi. Un combat qui du coup, peut paraitre hypocrite, puisque cette loi pousse justement les "pirates" à se tourner vers ce genre d'activité. Enfin, rappelons que cette attaque ne se justifie même pas sur le plan économique.
La liberté d'expression est encore un droit, mais peut devenir un luxe. Il faut donc la défendre. Aux auteurs de cette attaque : imaginez que tout soit fait pour vous couper la parole aux moindres de vos tentatives de vous exprimer... Dégoûté, bluetouff ne pense pas reprendre son blog : la censure a gagné a-t-il dit. Dans ce cas, effectivement, c'est Hadopi qui en sort grand vainqueur en perdant l'un de ses principaux opposants, et c'est bien dommage.
Un peu plus loin
- PCINpact : Le blog Bluetouff pilonné par un DDoS après ses critiques contre WawaMania
- ReadWriteWeb : Wawamania : l’impossible transposition Française du Parti Pirate Suédois
- LeNouvelObs : L'affaire Wawa-Mania enflamme la communauté anti-Hadopi
- Numerama : Wawa-Mania : martyr ou incendiaire du combat contre Hadopi ?
