J'en ai fait une petite mention dans cet article, en parlant de Pierre Lescure s'exprimant sur sa mission sur la HADOPI, mais le sujet n'a pas fini de faire parler de lui sur la toile, et à raisons. Le Premier ministre a annoncé pour cette rentrée politique de bien mauvaises nouvelles pour le numérique.
Face à la convergence des infrastructures numériques, des services et des contenus qu’elles acheminent, des réseaux et des services fixes et mobiles, et des terminaux à l’usage du public, il est aujourd’hui essentiel de s’interroger sur l’efficacité des modes de régulation des communications électroniques et de l’audiovisuel, à l’heure où les contenus audiovisuels sont de plus en plus diffusés par l’internet fixe et mobile. En particulier, la diffusion des programmes audiovisuels acheminés par voie hertzienne est assortie d’une régulation des contenus destinée notamment à en assurer la qualité et la diversité, alors que les contenus diffusés via internet font l’objet d’une régulation plus limitée et parfois inadaptée
La régulation d'Internet ? C'est toujours une obsession de nos gouvernements, depuis au moins 2006, qu'elle soit passée récemment par la LOPPSI, ou par de nombreuses tentatives de donner les pleins pouvoirs à une autorité soi-disant indépendante et capable de filtrer Internet selon le bon vouloir des plus puissants, avec comme mention spéciale, le prétexte de protéger les enfants.
On le voit tous venir de loin, depuis longtemps. Benjamin Bayart l'avait dit, l'avait déjà prévu avec son fameux minitel 2.0. La vraie régulation d'Internet sera donc vraisemblablement réalisée bientôt grâce à la fusion du CSA de l'ARCEP, et peut-être même sous forme de bonus Kiss-Cool de la HADOPI.
La régulation d'Internet, c'est la même chose que le filtrage des contenus que l'on ne veut plus laisser passer. Le filtrage, pour être réellement efficace implique la mise en place d'un firewall (pas celui d'open-office) ou mieux encore, du Deep Packet Inspection (DPI). Le firewall empêchant donc l'accès aux contenus, ceci entraînera l'impossibilité pour chacun de jouir de sa liberté d'expression et d'entreprendre comme il le souhaite ; cette liberté d'expression, paraît-il garantie par les droits de l'Homme. L'internaute ne pourra alors plus proposer ses œuvres ou ses services sans qu'un intermédiaire - une autorité administrative ou une loi - décide si c'est bien ou mal. En fait, Internet, jusqu'ici était un terrain neutre où chacun pouvait justement apporter ses ambitions et ses idées pour en faire profiter tout le monde. Google en est le parfait exemple et en a profité plus qu'à mon tour, tout comme de nombreuses entreprises françaises. Seulement, voilà, nos gouvernements n'ont jamais vraiment voulu le voir de cette manière, étant pris à contre-pied face à un réseau rapidement déployé, solide et décentralisé - qui n'aime pas la censure - et fonctionnant à la fois en réception et en émission libres de données. En sommes, tout l'inverse du Minitel.
J'ose quand même espérer que le Conseil Constitutionnel pourra faire barrage à cette regrettable idée qu'il a déjà été capable de censurer par le passé, mais si, c'est pour en arriver là, la France aurait fait mieux de continue sur son modèle de Minitel qu'elle a brillamment inventé. Et dire, que tout ça arrive sous couvert de l'arrivée de la télévision connectée qui existe déjà depuis plusieurs années. Toutefois, ce qu'il manque à cette TV des Interwebs, ce sont des services de VOD réellement contrôlées par les canaux de distributions officiels des grand groupes de chaînes ; oui, ceux de la TNT, entre-autres. Le rapprochement est donc facile à faire, et à comprendre : la fusion de l'ARCEP et du CSA, c'est juste pour faire plaisir aux entreprises privées du divertissement "culturel" et régulant déjà la Culture à leur manière, selon leur vision de leur business-model, et ce avec Motion-Censures si besoin.
Si c'est grave ? Seuls les Geeks sauveront leurs fesses libertés, pendant que les autres, les bons internautes - qui continuent de payer les contenus aux lobbyistes qui les savonnent - n'y verront que du feu. Après tout, pour eux, tant qu'on ne touche pas à facebook et à leur boîte mail, la liberté d'expression, elle a bon dos, n'est-ce pas ? Si encore, cette autorité n'allait s'occuper que d'un protocole propriétaire commun à toutes les futures télévisions connectées... mais ce serait beaucoup trop simple et contre-productif...
Je vous conseille bien sûr et urgemment l'excellente lecture de cet article de Bluetouff, pour mieux cerner ce sujet dans une approche un peu plus technique ainsi que cet autre excellent article de Paul Da Silva sur une approche un peu plus politique.


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