Le participatif touche aussi le monde de la BD

sandawe

Tout comme pour la musique, les films (et les productions pour adultes), les jeux vidéo ou la presse, il existe aussi une plateforme collaborative qui permet d'aider les artistes à trouver des fonds pour financer leurs BDs.

Le Crowdfunding est plutôt à la mode, mais c'est aussi, selon moi, une véritable vertu sur Internet. Hélas, il s'accorde très mal avec le vieillissant modèle économique qui permet à la grande distribution de prendre trop de parts sur les artistes (notamment dans le numérique). Cette plate-forme participative qui sert d'intermédiaire pour financer les bandes-dessinées se nomme Sandawe, une société belge lancée par Patrick Pinchard, un ex-rédacteur en chef du journal Spirou et éditeur chez Dupuis. Lionel Frankfort et Dimitri Perraudin sont aussi associés à l'aventure.

Pourquoi un nom aussi bizarre ? Les Sandawe sont une ethnie en Tanzanie dont la particularité est de ne pas avoir de chef et où la propriété n'a pas de sens. Pour les Sandawiens (pas sûr que ce soit ça), tout se partage. Bon, je doute quand même que cette philosophie puisse s'intégrer convenablement dans notre monde capitaliste, mais l'idée est là. Tout internaute qui décide de devenir "éditeur" aura, comme avec les autres plates-formes, droit à ses goodies qui varient selon l'importance de son investissement. On commence déjà à bien s'éloigner du concept des sandawiens, mais qu'importe...

La partie financière

Tout internaute qui devient éditeur en investissant le sera pour cinq ans maximum. Il touchera 60% des bénéfices (en fonction de son nombre de parts) jusqu'à ce qu'il soit remboursé de son investissement. La courbe s'inverse ensuite, il ne touchera que 40%. Sandawe, la maison d'édition prendra donc 40% au début et 60% ensuite. Au delà de 5 ans (un classique), l'internaute laissera sa part. Pour du partage où la notion de propriété n'existe pas, c'est plutôt raté, mais pouvait-il vraiment en être autrement ? Heureusement, l'amour des internautes aveuglés par leur passion, fera le reste. En tant qu'éditeur, ils auront tout de même l'avantage de rester en contact avec leurs artistes préférés afin de leur donner leurs envies, et idées, et ce, même pour la production en cours.

Après avoir contacté Sandawe, Lionel Camus qui s'occupe de la partie financière m'a répondu pour m'éclairer sur la partie touchée par l'auteur de la BD. Celui-ci touche en effet 10% du prix de vente HT. Mais, avec son exemple concret d''une BD coûtant 10€ hors-TVA, que je vous copie, vous comprendrez mieux.

    PVHT = 10 €

  • Auteur = 10 % de 10 € = 1 €
  • Distributeur, diffuseur, libraire = 60% de 10 € = 6 €
    Reste donc 3 € de bénéfice net à partager :

  • Edinaute = 60% de 3 € = 1.8 €
  • Sandawe = 40 % de 3 € = 1.2 €

Le mot de la fin

Sandawe applique un modèle vertical et choisira de proposer les projets si ceux-ci sont ambitieux et dotés d'une qualité professionnelle. Dommage que la sélection ne se fasse pas naturellement par les internautes. Que Justice soit (mal) faite est, à ce propos, la première BD a avoir franchi le premier barreau des librairies. On regrettera cependant, que les BD ne soient pas disponibles à la vente directement sur le site, qui pour l'instant, sert juste de promotion. Et même encore à ce niveau, les pages dédiées aux BD financées ne sont pas très ragoutantes. Il sera impératif d'améliorer cet aspect liée surtout à l'ergonomie. Enfin, il faudra investir les sites et les boutiques, comme la fnac, ActuaBD, BD-World, et en fait le groupe Hachette en France et Dilibel en Belgique.

Comme toujours, avec ce type de projet, cela intéressera surtout les amoureux du secteur qui voudront se rapprocher de leurs artistes pour les fans, et qui chercheront à attirer une communauté spécialisée pour les auteurs. L'approche communautaire permet à toutes les parties de trouver leur compte.

Vous pouvez aller voir la FAQ de La plate-forme Sandawe. Pour ma part, j'espère que la nouvelle génération d'artistes du crayon saura se servir d'Internet à son avantage, avec moins d'a-prioris, parce que pour certains grands noms de l'ancienne génération, c'est pas franchement ça.


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