Les brevets, cette forme capitaliste dédiée à la régression

HTC va mal, en ce moment. Ce n'est pas que je tiens particulièrement à défendre cette marque, mais elle fait l'objet d'une récente attaque d'Apple qui vient de gagner à nouveau son procès en appel pour deux petits brevets vieux de près d'une bonne quinzaine d'années. HTC, avec ses smartphones android, pourrait même prochainement se voir retirer le droit d'être présente sur le marché américain ; oui rien que ça. Si Apple voulait réduire sa concurrence qui gagne des parts de marché sur elle, elle ne s'y prendrait pas mieux. Bien sûr, on en est pas là encore, et j'imagine que HTC se fera encore une fois taxer ses smartphones un paquet d'euros, comme elle paye la marque Microsoft pour chacun de ses smartphones android vendus...

Apple, avec cette attaque se met directement en ligne de mire le système d'exploitation d'Android, car plus que HTC, ces deux brevets mentionnés, déposés sen 1994 et 1996, concernent tout le panel des Androphones utilisant ces technologies de base. Un peu d'info chez Clubic. Pourquoi Apple n'a-t-elle donc pas accusé directement Google ? Apple commence par manger les plus petits d'abord pour tester le goût, et continuera si ça fonctionne avec les plus gros qui seront alors sous-pressions d'un éventuel procès. Le procès Apple Vs Google ici pourrait être catastrophique pour Apple en terme de réputation.

C'est un procédé qui dans notre politique capitaliste n'a rien de choquant. En revanche, ce que j'aimerais dans mon utopie radicaliste, c'est que les fabricants arrêtent de s'acharner - via de vieux brevets détenus - sur les autres pour plutôt s'acharner à innover, que ce soit pour HTC, Samsung, ou les autres constructeurs comme Apple. On rachète même des brevets à la pelle des milliards de sociétés qui ferment (le cas Nortel) pour s'octroyer le droit d'empêcher les autres de faire évoluer les idées. C'est cette notion qu'il faut retenir. Mais hélas, ce n'est pas près de s'arrêter, et Apple, en premier, n'est pas le dernier pour s’approprier de simples idées en les brevetant en son nom afin, bien sûr, de se retourner "facilement" contre la concurrence qui montrerait un peu trop de présence.

Ma digression

La méthode du brevet sur tout et "à tout va" est en effet l'un des seuls moyens de faire interdire ou suspendre ses concurrents, ralentissant, par la même occasion l'innovation et surtout, empêchant les consommateurs de profiter des nouvelles technologies. Vous trouvez surement ça logique pour la plupart, mais en ce qui me concerne, je trouve ça surtout inadmissible lorsque cette technique est utilisée à outrance, et surtout lorsqu'elle est utilisée pour annihiler ses concurrents qui auraient simplement réussi à plaire un peu mieux après quinze ans de progression.

Prenons le scénario à l'extrême : Une marque décide de breveter votre cerveau, ou du moins toutes les idées qui s'en dégagent. Plus personne, ni aucun constructeur ou startup aurait alors le droit de mettre ces idées en pratique, à l'exception de la seule marque détentrice, qui pourrait à loisir décider de ne justement pas les déployer. Quiconque essaierait de les mettre en pratique se verrait de toute manière prendre un procès, pour un retour à la case départ. Plus personne ne pourrait donc évoluer, sauf à chercher de nouvelles idées, elles aussi, aussitôt brevetées et de toute manière inutilisables ; il me semble qu'une idée innovante se veut toujours être avant tout une association d'idées, via un fil conducteur. Si ce fil est breveté, plus rien n'évolue.

C'est un jeu dangereux, et totalement illogique qui ne sert pas le consommateur. Ceux qui ne pensent que par Apple sont bien sûr heureux sans comprendre les véritables dangers et méfaits d'une telle situation. Les autres finiront par comprendre qu'avec le temps, si, ils veulent un smartphone, il n'y aura plus que l'iPhone sur le marché. Cette idée est bien sûr valable pour une autre marque. Seulement voilà, le jour où une seule marque sera présente sur ce type de marché à cause des brevets, j'espère que les fanboyz de toutes parts comprendront qu'avoir le choix est indispensable.

Même si j'ai tendance à ne pas du tout aimer Apple, cela ne change en rien que c'est une mauvaise situation. Samsung aussi n'est pas en reste et se tire la bourre toujours contre Apple. Mais, n'est-il pas, selon vous plutôt préférable que le système de brevet soit revu de fond en comble ? Impensable dans un régime capitaliste, et c'est encore une fois le consommateur qui en est la victime, encore plus que le constructeur concerné. Si la copie conforme ne devrait pas avoir lieu lorsqu'elle n'est pas autorisée, on ne peut quand même pas dire qu'un Androphone et un iPhone sont de véritables copies. L'innovation est surtout faite à partir de différentes technologies rassemblées avant les autres.

Une petite parenthèse sur ce concept me fait penser à ce jeu ultra-connu, ce mmorpg que l'on nomme World of Warcraft. le jeu de Blizzard n'a en rien innové à l'époque ; il a juste repompé toutes les idées des autres jeux dans sa catégorie pour les rassembler et faire ce qu'il est devenu aujourd'hui. Alors, si chaque petite partie des idées des développeurs implémentée dans leur jeu avait fait l'objet d'un brevet, c'est tout WoW qui n'aurait jamais pu exister, ou alors l'abonnée aurait payé quinze fois plus cher son abonnement.

Il n'est donc pas question ici d'être un fanboy pour ou contre Apple, mais de chercher à dénoncer ce système. Vous avez bien sûr le droit de ne pas être d'accord avec moi ; libre à vous de me le dire, mais attention de ne pas copier ou reprendre les idées des autres (vous voyez, tout de suite, c'est beaucoup moins drôle et surtout plus personne ne s'exprimera...)

Le courrier et réponses des lecteurs

@jbar :

Vous approchez de la source du problème, mais sans y toucher : le financement de la recherche. On le voit la plupart des meilleures idées apparaissent rarement dans de gros centres de R&D, mais par des chercheurs/bidouilleurs/inventeurs isolés. Idées qui sont alors exploitées (ou dans de meilleurs cas inventeurs qui sont parfois embauchés) par des centre de R&D. Les idées sont ensuite brevetés ou achetés par des entreprises, et le(s) pionnier(s) de l'idée, ainsi que ses fils conducteurs (autres idées) qui les y ont amenés passent complètement à la trappe. C'est cela qui est complètement scandaleux. Une solution (à consolider) vient avec le revenu de base : si dès le début les chercheurs/innovateurs ne sont obligés de se vendre à des personnes morales, et si la paternité de l'idée leur est reconnue et bien communiquée (grâce à la transparence possible avec Internet), alors ils ont de très grandes chances de bénéficier des retombées du succès de leur(s) idée(s).

Et Antoine de rajouter :

Les brevets sont essentiels et en aucun cas une "dédiés à la régression". Il faudrait juste que les entreprises mettent en pratique les innovations brevetées au bout d'un certain nombre d'années après qu'elles aient la possibilité de le faire. Une entreprise peut déposer un brevet sans avoir les moyens techniques de le réaliser à grande échelle ou à couts raisonnables. L'entreprise doit attendre plusieurs années, des fois plus de 6 ans, pour pouvoir commercialiser un produit portant cette innovation. Donc il faudrait introduire le terme de "début de possibilité d'utilisation" pour y instaurer un délai ensuite.


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