Les projets de loi SOPA et PIPA reportés (pour mieux revenir ?)

Le 18 janvier dernier, une manifestations de type blackout (auto-censure) sans précédent réalisée par des milliers de sites sur Internet, dont de très gros comme Wikipedia, Reddit, Mozilla, via un doodle chez Google, ou chez nous en France, via la Quadrature du Net (et tant d'autres), a permis de faire connaître les projets de loi SOPA et PIPA.

Des lois dont le but était de faire en sorte que le gouvernement américain serve de milice active et aux ordres d'entreprises privées, afin de censurer en masse et réduire à néant toute liberté d'expression et de libre concurrence sur Internet. Un projet fou apparenté à une bombe nucléaire numérique, soi-disant pour faire respecter le droit d'auteur. Derrière ces lois, bien sûr, on retrouve toujours les mêmes notamment, celle sous l'égide de la MPAA (Sony, 20 Century Fox, Universal, Disney, Paramout, Warner...)

Les manifestation numériques fonctionnent.

Mais il faut croire que la manifestation numérique et pacifiste qui a coupé l'accès à la culture et à la liberté d'expression a suffit à faire comprendre et à faire prendre conscience aux politiques qui allaient voter ces lois que quelque chose d'extrême allait se produire. ProPublica a d'ailleurs publié un schéma criant de vérité (image ci-contre). En une journée, le nombre de supporteurs a diminué, passant de 80 à 65, et le nombre d'opposants de 31 à 101 !. Le blackout a donc bien été entendu. On a évité la catastrophe pour le moment, mais on aura peut-être pas la même chance, la prochaine fois.

une bataille dans une longue guerre

Du coup, les votes de ces deux lois ont été reportés à une date non déterminée. Concernant la loi PIPA, le sénateur derrière ce projet, Harry Red, a officiellement annoncé son report. Quant à la loi SOPA, le vote qui devait avoir lieu mardi prochain a aussi été reporté comme l'annonce Lamar Smith. Des reports pour revoir en profondeur ces lois injustes et illogiques, ou le temps d'en refaire d'autres... Une bataille vient donc d'être gagnée, grâce à ce militantisme pacifiste, mais la guerre n'est pas finie. Nul doute que les lobbys industriels sauront revenir encore plus motivés, et surtout avec encore plus d'argent pour convaincre. De l'argent qu'on leur donne en allant au cinéma, en achetant des bouts de plastique, des octets numériques bridés... Ces lois sont au final le résultat de nos dépenses. D'ailleurs, il ne faut pas oublier le traité de l'ACTA, non plus qui promet aussi beaucoup pour empêcher la concurrence de se développer.

Le pouvoir aux acteurs du numérique

Au final, derrière cette épreuve, c'est la démonstration que les internautes, les associations et les entreprises qui font vivre aujourd'hui Internet sont aussi de bons lobbyistes, et ont beaucoup plus de pouvoirs qu'il n'y parait. La Quadrature du Net, en France, n'hésite d'ailleurs pas à le rappeler régulièrement, et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça marche. Une raison de plus de continuer à soutenir la Quadrature du Net. Enfin, l'enjeu du numérique est immense pour l'avenir des entreprises et leur potentiel d'innovation, et il faut que l'internaute citoyen se motive encore davantage pour donner des sièges aux politiques qui ne s'assoient pas sur leurs droits.

Une œuvre piratée n'est pas une œuvre volée

En revanche, puisque le sujet de ces lois était de lutter contre le piratage, il faudrait aussi rappeler à la MPAA, RIAA et aux autres motivés du bocal, qu'un téléchargement pirate ne signifie pas une perte de revenu ou un vol d'une œuvre. Les pirates le disent : ce n'est pas parce qu'on télécharge qu'on n'achète pas et très très peu d’œuvres piratées auraient été de toute manière achetées. Le pouvoir d'achat n'est pas illimité et la culture ne doit pas revenir qu'aux riches. Le piratage est juste un moyen de se cultiver facilement, et sans piratage, pas de culture nivelée par le haut.