Joueur depuis la nuit de mes premières années d'école, j'ai suivi l'évolution du jeu vidéo, de façon assidue et toujours intéressé. Force est de constater que depuis quelques années seulement, les pratiques des éditeurs ont beaucoup changé, soi-disant dans le but de lutter contre le piratage. Mais la lutte est inutile, et plutôt que de rendre ses produits attrayants, ils les rendent toujours plus restrictifs. Le premier à trinquer dans cette histoire n'est pas le pirate, mais bel et bien le joueur honnête.
Il était donc quand même temps de mettre un coup de pied dans la fourmilière qu'est devenue l'industrie du jeu vidéo. Depuis l'arrivée des consoles connectables à Internet, c'est à dire plus ou moins avec l'arrivée de la Xbox, mais dans la pratique, depuis la seconde génération (Xbox 360 et PS3) de consoles, de nombreuses nouvelles pratiques sont arrivées chez les éditeurs soutenues, bien entendu, par leurs distributeurs. L'UFC-Que Choisir a eu vent de ce phénomène avec de nombreuses lettres de joueurs mécontents, et on les comprend, et s'est donc penchée sur le sujet en portant plainte contre 4 éditeurs (Codemasters, Warner Bros Interactive, THQ et Bethesda) et 3 distributeurs (Micromania, Game et Fnac Direct). Un bon début, mais on aurait aimé que la sirène retentisse bien plus tôt, et surtout qu'elle fasse l'objet de lois protégeant le consommateur. Mais notre gouvernement, et on l'a vu avec hadopi, préfère davantage soutenir les industries privées et fouetter par la même occasion ses citoyens.
De quelles pratiques, on parle ? De quels problèmes ?
Sur PC, tout d'abord : ceux de remplir les jeux à raz-bord avec des DRM gonflantes, les rendant impossible ou difficile à jouer sur un nouveau support. Impossible pour un joueur qui change de PC de facilement réinstaller son jeu favoris, notamment parce que les jeux sont rapidement liés au matériel. Et, connaissant la robustesse de Windows, les réinstallations sont fréquentes et les activations des jeux, elles, sont très limitées. Toujours sur PC, il est régulièrement impossible de jouer à un jeu sans avoir une connexion à internet en permanence activée. J'en ai déjà parlé ici, comme par exemple avec Ubisoft et Assassin's Creed 2. L'éditeur n'est pas le seul à pratiquer, mais hélas, il n'est pas dans le panier de l'UFC-Que Choisir. Bien sûr, les jeux piratés sont packagés sans ces DRM, qui ne font donc chier que les honnêtes joueurs.
Ces pratiques concernent surtout l'environnement des ordinateurs, mais que l'on se rassure (ou pas), les consoles ne sont pas épargnées par d'autres pratiques. Les DRM se caractérisent par un système encore plus malicieux : du contenu additionnel inclus dans les jeux lors de l'achat (DLC In) qu'il faudra activer avec un code à usage unique et uniquement via Internet. Résultat : les joueurs n'ayant pas internet auront un jeu non complet et seront tout simplement discriminés alors qu'ils auront pourtant payé le même prix. Internet servant d'excuses, on voit de plus en plus de jeux non-finis et qui sont même patchés le jour de leurs sorties. Ces DRM sont donc surtout là pour freiner les ardeurs de ceux qui profitent des jeux moins chers sur le marché de l'occasion. Mais ce que n'ont absolument pas compris ces industriels du divertissement, c'est que ceux qui jouent grâce à l'occasion sont surtout ceux qui n'ont pas les moyens de s'acheter du neuf, à des prix prohibitifs. Résultat : les joueurs sont moins nombreux, et il y a moins de ventes via le bouche à oreille. Le cercle est fermé, et l'anti-piratage reste la marque de fabrique de ces pratiques.
On se fout de nous
Vendre des jeux en kits, incomplets, et bogués, c'est tout le contraire d'une expérience valorisante pour les joueurs qui finiront inéluctablement par, soit ne plus jouer, soit se tourner vers les jeux piratés. Inutile d'aller plus loin, les DRM sont aussi (et surtout) la cause du piratage. On espère tous que cette plainte pourra faire bouger un peu les choses, car l'espoir fait vivre.
Mais le plus drôle, c'est que ces industriels sont à leur tour mécontents de cette plainte (et on les comprend...) et se sont logiquement exprimés au travers de James Rebours, président du Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisirs (S.E.L.L.) via interview accordée à Challenges High-Tech. il y oppose des arguments que l'on pourra qualifier d'ubuesque démontrant un certain cynisme envers les joueurs discriminés et lésés.
Je vous laisse aussi aller lire l'excellent article de Plug'n Geek à ce sujet.
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