Interview de Cained : Landscape of the Mind #5 Créativité

cained, arbre

Revenons sur l'album de Cained, Landscape of the Mind pour lui demander si elle s'est inspirée des grandes influences funk - et si oui, lesquelles - ou si, au contraire, son approche a été davantage de chercher à créer et à chercher elle-même de "nouvelles" musiques.

Des influences funk, la feuille blanche

Pendant que la production album était ouverte sur Akamusic, j’ai écouté énormément de choses. Je me suis baladée sur des blogs de funk, sur Youtube, sur iTunes ; un producteur m’a gentiment envoyé une montagne de cd de funk... Puis, quand je suis entrée dans la période maquettage, je n’ai plus du tout écouté de musique. Rien à part un DVD de Chic qu’on m’a offert entre temps et qui m’a accordé une pause.

Je n’avais pas envie d’être parasitée parce que même si je suis partie d’une feuille blanche, celle-ci n’est jamais d’un blanc immaculé évidemment. De ce fait, il était inutile d’aller chercher des influences qui viendraient d’elles-mêmes, on ne peut y échapper. Bien des choses s’inscrivent dans nos têtes quand on regarde, quand on voit, quand on lit, quand on écoute, quand on entend...

Quand tu as beaucoup de chansons à travailler pendant des mois qui s’enchaînent, il arrive, par exemple, qu’au bout de 2h à t’arracher les cheveux et à chercher, tu trouves enfin une suite d’accord au clavier que tu t’empresses d’enregistrer pour au final réécouter l’ensemble et te rendre compte que la suite d’accords dont tu es si fier ressemble à un truc plus ou moins connu. Systématiquement, quand ça se produisait, je jetais la partie en question, c’était poubelle. Je retournais fouiller les tréfonds de ma petite tête en râlant pour trouver quelque chose de plus proche de moi. Ce qui pouvait encore prendre des heures...

Pour moi, il était important de bosser comme ça, afin que Curtiz & Moulin comprennent qui j’étais au-delà de mes goûts musicaux qu’ils connaissaient. Pour anecdote, une chanson que j’aimais beaucoup n’a pas été gardée car Paul a tout de suite vu qu’elle était un mélange d’un tel et d’un autre. Or, je ne connaissais ni les types ni les deux chansons qu’il me citait. Peut-être les avais-je déjà entendues, rien n’est moins sûr mais donc, nous avons mis la chanson de côté. Il faudra que je le lui redemande qui étaient ces types ;-)

Donc, je ne me suis pas dit que j’allais faire le funk de Machin ou de Bidule. Outre les clins d’œil volontaires et les codes inhérents à l’histoire de cette musique, outre le marquage indélébile de ce que j’avais pu écouter, le but était de développer mon funk puis notre funk à 3 avec Paul et Denis, puis notre funk à 5 avec Marco et Dominique.

Je me posais énormément de questions sur ce qu’était le funk parce que beaucoup de gens parlent de « pur funk » mais je ne vois pas trop ce que la pureté vient faire là-dedans. Ceux-là me semblent confondre leurs goûts pour une musique (vaste !) du passé avec ce qu’ils attendent de la production de quelqu’un aujourd’hui. Or, je ne suis pas née aux États-Unis dans la période foisonnante du funk, je viens du 59 avec un mélange d’autres racines ; un tout autre vécu et mon but n’a jamais été de faire une pâle copie d’anciennes choses ni de fabriquer quelque chose de « pur » mais de chercher à développer mon propre funk.
D’ailleurs, qui a le monopole du funk ? (rires).

En somme, être à l’aise pour développer « ma funkytude », c’était avoir confiance en tout ce qui m’avait menée là : devant la possibilité d’un album. Je ne me suis pas dit « enfin ! », je me suis dit « tiens, voilà qu’une occasion de faire quelque chose se présente ici et maintenant ». Cet album, c’était peut-être essayer de saisir ça.

En studio, j’étais entièrement ouverte à ce que pouvait apporter chaque musicien. Jamais je n’ai pris une de mes lignes de basse pour acquise par exemple. Ce qui m’intéressait, ce n’était pas que Denis joue la ligne de basse comme je l’avais écrite, c’était de voir comment il se sentait de la jouer, d’apporter son feeling et de capturer ces moments-là. Il se trouve que j’ai aimé tout ce qu’ils ont fait et que ça c’est bien mélangé avec mes propres gesticulations. Ce n’est jamais gagné d’avance, c’est une chance d’avoir été en phase avec tous ces musiciens. Encore une fois, c’était un voyage ; ça s‘est bien passé mais tout pouvait très bien capoter comme à chaque fois que des individus se regroupent... à plus de quatre, ça devient vite dangereux (rires).

Cadeau Bonus : vidéo en studio


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