Comme vous le savez, je suis de depuis peu passé producteur de Cained (il y en aura même surement encore beaucoup d'autres). J'ai voulu m'intéresser d'un peu plus près à cette voix peu commune, enivrante et même farouchement vibrante, je dois bien l'avouer, et même si c'est la première artiste que j'ai écouté sur Aka, j'ai très vite craqué. Je me suis inscrit et aujourd'hui, avec les moyens du bord, j'essaye de la soutenir.
J'ai donc tenté de contacter cette chanteuse, et Valentine-Leiwia (un prénom français collé à un prénom du Vanuatu dont sa mère est originaire) n'a pas hésité à répondre à mes quelques questions, envoyées par mail.
C'est vraiment sympa de sa part, et j'espère que cela vous permettra d'en apprendre un peu plus sur elle. Attention, lire cette interview pourrait vous donner une grosse envie de la soutenir à votre tour, mais dépêchez-vous, il ne reste que peu de parts pour rentrer vous aussi, dans sa vie.
Quelques liens pour vous approcher un peu
L'interview
Au départ, mon nom c’est Leiwia. J’ai ensuite pris Cained pour ouvrir ma page de musique électro sur myspace. C’était juste le nom de ce projet qui se démarquait de la musique plus acoustique que je fais habituellement. J’aimerais bien garder Cained parce qu’il m’a porté chance sur Aka.
J’ai réalisé mon petit avatar grâce à ce site sympa. Sur Aka, il me fallait un picto net et celui-là était joli, simple et rigolo. Ça me représente assez bien, j’ai souvent une casquette et une écharpe autour du coup (rires !)
Le nom Cained de l’artiste que l’on peut trouver sur Amazon UK est en fait le titre de l’album de Michael Caine (l’acteur) qui est fan de chill-out et qui a sorti une très chouette compilation (avec notamment le Hurry To Me de Roy Budd ou le Street Tattoo de Stan Getz). J’aime beaucoup cet acteur et le chill-out donc c’est un clin d’œil. L’adjectif « cained » signifie aussi un état plus avancé que « stoned » et comme je fais de l’électro un peu planante, ça colle, je trouve, assez bien.
Sur ma playlist, le morceau And Not A Lot Of People Know That est aussi un clin d’œil à Michael Caine. J’ai une productrice qui s’appelle Gilda. Je ne sais si c’est intentionnel mais Gilda est le nom d’un personnage clé du film Alfie (1966)…avec Michael Caine…c’est amusant.
A 24 ans, je voulais être prof de fac. Juste avant de commencer un doctorat en littérature anglaise, ça ne me branchait plus et j’ai décidé que la musique serait sans doute plus fun.
J’ai appris le piano dans un conservatoire régional. Ensuite, j’ai commencé à reprendre de l’Elton John dont j’adorais le vieux répertoire (Captain Fantastic & The Brown Dirt Cowboy, Blue Moves…). Il y avait des guitares à la maison, mes parents en jouaient tous les deux donc j’en ai attrapé une. J’ai fait un peu de batterie aussi, un peu de basse… J’ai commencé à composer, à écrire des textes. A 18 ans, je me suis acheté un peu de matériel : un Roland JV30 et un Tascam multipistes.
J’ai commencé à composer avec ça. Je n’ai jamais arrêté même à la fac avec une guitare et un magnéto, je mettais des poèmes en musique, des passages de livres en musique. On m’a d’ailleurs proposé de faire un mémoire de maîtrise et une thèse sur Dylan Thomas parce que je faisais ce travail de poésie en musique. J’ai joué avec plusieurs groupes dans lesquels j’étais pianiste/chanteuse lead.
Avant de découvrir Akamusic, j’avais fait une demande sur un autre site du genre mais ils faisaient une sélection à l’entrée et il y avait de l’attente. Quand j’ai vu qu’Akamusic ne faisait pas de sélection, que le site était sympa, je m’y suis inscrite pour voir et voilà.
J’ai participé à une compilation, avec le groupe Swai, dont tous les bénéfices ont été reversés pour la construction d’un orphelinat au Bénin. Mon travail, c’est le maquettage. Je compose et j’arrange pour divers artistes qui n’ont pas beaucoup de matériel. Que ça sorte ou non, rapporte ou non, je le fais pour le côté créatif. C’est un petit artisanat qui me plaît.
D’un côté, je fais mes propres compositions, de l’autre, je mets des textes d’auteurs en musique. J’écris aussi des textes pour Swai et d’autres groupes.
J’ai la chance de jouer avec un vieux groupe de Funk lillois (Funkadeena) emmené par le batteur Manu Serna, qui a vu passer beaucoup de musiciens depuis 10 ans dont les très bons Richard Viart (basse), Yoann Dujmovic et Igor Petrowski (guitare), Davy (chant qui tourne avec un groupe en Sicile actuellement), Guillaume Debros (chant qui tourne avec le King Soul Quartet)… On joue dans les bars, ce sont des galériens parce qu’il faut le vouloir pour jouer à 11 dans un bar (rires !) c’est une très bonne école.
Avec Swai, le style est métissé et le niveau est élevé aussi. Avec ces groupes, j’apprends beaucoup de choses au niveau du chant. Et pour moi, c’est aussi très important de sortir de l’intimité de mon grenier-studio pour faire du live. Je compte bien inviter quelques-uns de ces musiciens sur le single.
J’espère en mettre 3. Des producteurs ont des préférences pour Faster, Sweet Lines et My Name Is Nothing. Ça me va aussi. Mais il n’y a rien de définitif pour l’instant.
La communauté des artistes et producteurs Akamusic ne cesse de grandir, elle est sympathique, l’équipe Aka également, le site est très bien fait et gère bien le flow. Pourquoi pas…
J’ai essayé quelques voies traditionnelles. On m’a proposé des chansons mais rien ne me plaisait vraiment. Il n’y avait pas non plus ce créneau soul actuel qui profite aux voix graves féminines (alto). Pas facile il y a quelques années de trouver une place de chanteuse quand on n’avait pas une voix claire, même dans le jazz.
Un des avantages d’internet est qu’il me permet de mettre des morceaux en ligne tout en restant à Lille. Morceaux qui sont écoutables d’un clic en Belgique, au Vanuatu, en Guyane… Finalement, c’est la musique qui voyage et pas moi, avec mon CD de maquettes sous le bras à Paris pour essayer de le mettre sur le haut d’une pal dans le bureau de quelqu’un de très occupé (rires !)
Pourquoi pas. J’apprécie les reprises dénudées, guitare ou piano/voix, les reprises plus habillées aussi ; j’aime bien revisiter ce que font les autres.
Ce qui est intéressant dans ce système communautaire Akamusic, c’est que même si la production n’arrive pas à son terme, on a des retours, on se parle. Ce que l’on fait de moins en moins sur le vaste myspace. Akamusic a encore une taille humaine et jouit d’une émulation sur sa page principale qui fait que chaque artiste inscrit peut encore être écouté.
Y trouver mon compte ? Je n’attendais pas grand-chose quand j’ai ouvert ma production sinon des retours, des commentaires sur ma musique. Les gens ont suivi sans que je fasse le forcing, une centaine de producteurs me soutient et un single se profile. C’est la cerise sur le gâteau. Je prends les choses au jour le jour.
Merci, c’est gentil :) Non, je n’ai jamais pris de cours de chant mais chanter dans les bars est un très bon exercice. J’essaie de composer pour ma voix et elle ne fonctionne pas sur tout. Mon petit défi est d’arriver à faire de la musique et du texte un grand tout et qu’on ne sente pas juste un texte posé sur des notes par obligation. J’essaie de penser la voix comme un instrument. Pas facile (rires !)
Quoi que je fasse comme musique à l’avenir, il y aura toujours des compos pour la rythmique et des compos qui planent. Il y aura toujours un soupçon de funk, jazz, électro… En ce qui concerne la scène, ça fait un moment que j’ai des propositions dans le Gospel et j’ai bien envie de m’y mettre. Il y a un gros collectif de Gospel à Lille avec des voix extraordinaires.Je joue régulièrement dans la région lilloise avec Swai, Funkadeena, d’autres groupes… même si nous n’avons pas fait beaucoup de concert cet hiver parce que nous devions remonter une section de cuivres. Pour les dates, il faut suivre mon myspace ou ma page Aka, je mettrai les dates.
Sympa Killing Jazz (je ne connaissais pas) et Foxtapet (costaud). Je cherche toujours des groupes de jazz, smooth jazz, funk…pour chanter. Ce n’est pas facile à trouver. Au niveau du style, j’ai un côté assez doux parce que je ne suis pas une « screameuse » mais j’ai aussi une face plus dure. Le funk que j’aime, c’est celle de Maceo Parker.
Travailler en électro donne aussi un son plus doux, c’est moins roots qu’avec une paire de congas survoltée et une section de cuivres pimentée (rires !). Je suis ouverte à toutes propositions. On me demande souvent de prendre le chant pour faire des choses à la Meshell Ndegeocello…je vais bien finir par trouver quelque chose (rires !)
Au niveau du chant, j’aime les voix graves. Al Jarreau est pour moi le killer absolu, il sait tout faire. Marco Beacco, le Bobby Mc Ferrin français, un monstre pour l’énorme travail de chœurs, la palette de voix incroyable, le grain de folie (cf., son album Scampi Fritti où il fait toutes les musiques à la bouche et se permet d’inviter des pointures comme Michael Brecker, Dennis Chambers, Jim Pugh…). Claude Nougaro pour la puissance, Michel Jonasz pour la finesse. Ilene Barnes, Lizz Wright pour les jolies voix graves. Rachelle Ferrell évidemment mais là, c’est unique. Maceo Parker pour la funky discipline et l’énergie. Sharon Jones & The Dap Kings pour la soul. Le Jamiroquaï des débuts ; incroyables.
Pour les instrumentistes, j’ai un faible pour l’orgue Hammond donc Tony Monaco, Docteur Lonnie Smith, Benoît Sourisse de Captain Mercier (tout Captain Mercier tue de toute façon) et beaucoup d’autres, j’écoute de tout.
Merci encore ; et si tu veux bien, on garde le contact pour suivre ton parcours.
